Du 29 septembre au 1er octobre 2026, Tours a accueilli la 15e édition des Assises nationales de la biodiversité. Pendant trois jours, élus, collectivités, scientifiques, associations et acteurs économiques ont confronté leurs expériences autour d’un même constat : la protection du vivant ne peut plus être pensée séparément des questions de santé, d’aménagement, d’agriculture ou de climat.
Plus de 2 100 participants ont finalement pris part à cette édition anniversaire à Tours, selon les organisateurs. Le rendez-vous, organisé par idealCO et l’Association des Éco Maires, s’est voulu moins comme un colloque consacré aux seuls spécialistes que comme un espace de confrontation des expériences de terrain. Quarante conférences et une quarantaine d’exposants figuraient notamment au programme.
« Une seule santé » comme fil conducteur
Le fil rouge de cette 15e édition était particulièrement révélateur de l’évolution du discours sur la biodiversité : « Santé humaine, santé des écosystèmes : un même avenir ».
Derrière cette formule, les échanges ont insisté sur les liens entre santé humaine, santé animale et fonctionnement des écosystèmes. Les organisateurs avaient choisi de décliner cette approche autour de cinq grandes entrées : financement et gouvernance des politiques de biodiversité, restauration des écosystèmes, agriculture et alimentation, adaptation au changement climatique et nature en ville.
Cette transversalité s’est retrouvée dans les premiers retours des participants. Antoine Cadi, qui a publié un compte rendu de la première journée, souligne la diversité des profils réunis à Tours : élus, techniciens, associations, scientifiques, entreprises et financeurs ainsi que la place donnée aux retours d’expérience concrets.
De la biodiversité « contrainte » à la biodiversité comme projet collectif
L’un des enseignements qui ressort des échanges concerne la mobilisation du public. Un atelier consacré à la participation citoyenne, organisé par Les Éco Maires, a notamment posé une question très concrète : comment donner envie d’agir pour la biodiversité plutôt que de présenter l’écologie comme une contrainte supplémentaire ? Les participants ont insisté sur deux leviers : la sensibilisation et la formation. L’objectif n’est donc pas seulement d’informer, mais de donner aux citoyens les moyens de comprendre les enjeux et de devenir eux-mêmes acteurs de la préservation du vivant. Cette question de l’appropriation locale est importante pour les collectivités. Car derrière les grandes stratégies nationales se trouvent des décisions très quotidiennes : aménager une rue, gérer un espace vert, protéger une zone humide, modifier une cour d’école, restaurer un cours d’eau ou encore faire évoluer les pratiques agricoles.
En ville, redonner une place à l’eau et au vivant
Les échanges consacrés à la nature en ville ont également illustré cette volonté de relier biodiversité, adaptation climatique et qualité de vie. Tours Métropole a notamment mis en avant les politiques de désimperméabilisation des sols et de végétalisation, avec un objectif simple : permettre à l’eau de s’infiltrer là où elle tombe. La collectivité relie cette démarche à plusieurs enjeux simultanés : lutte contre les îlots de chaleur, préservation de la ressource en eau et restauration de la biodiversité locale. La renaturation urbaine a également été abordée à travers des projets très concrets. Le Fonds de dotation pour la biodiversité a présenté les cinq premières saisons de son programme « Génération Biodiversité ». Selon les données communiquées lors des Assises, celui-ci a soutenu 181 projets impliquant plus de 5 000 jeunes dans 129 établissements. L’exemple est révélateur d’une tendance forte des échanges : la biodiversité ne se joue pas uniquement dans les espaces naturels protégés. Elle se construit aussi dans les écoles, les quartiers, les jardins, les rues et les espaces publics.
La Loire, un autre visage de la « santé » des territoires
À Tours, impossible également de parler de biodiversité sans parler de la Loire. Une rencontre organisée autour de la « santé du fleuve » a proposé de considérer la Loire comme un véritable système vivant, dont le fonctionnement conditionne celui de nombreux habitants humains et non humains. L’approche associait sciences, culture, gouvernance territoriale et observations de terrain sur l’état écologique du bassin ligérien. Cette manière de considérer les milieux naturels comme des systèmes interdépendants rejoint finalement le fil rouge des Assises : préserver la biodiversité n’est pas une politique isolée. Elle touche à l’eau, à l’alimentation, à l’urbanisme, à la santé, à l’économie et à l’adaptation au changement climatique.
Les solutions existent, mais la question des moyens demeure
Les Assises ont aussi rappelé une réalité moins médiatique : la difficulté n’est pas toujours de savoir ce qu’il faudrait faire, mais de parvenir à le faire dans la durée. Le financement et la gouvernance figuraient ainsi parmi les grands axes du programme. Les discussions ont porté sur les moyens de structurer des politiques locales capables de dépasser les actions ponctuelles et de mobiliser durablement les acteurs publics et privés. C’est également ce qui explique l’importance accordée aux retours d’expérience. L’objectif affiché n’était pas seulement de présenter des projets exemplaires, mais de permettre aux collectivités de repartir avec des méthodes, des outils et des solutions transposables à leur propre territoire.
Des associations très présentes
Les associations de protection de la nature ont occupé une place importante dans cette édition. La LPO avait par exemple prévu plusieurs interventions autour de la sensibilisation, de la participation citoyenne, de la formation et de la connaissance de la biodiversité. Elle a également présenté des actions locales, comme la gestion des arbres à noctules de Saint-Avertin. L’Office français de la biodiversité était lui aussi fortement impliqué, avec des interventions consacrées notamment aux espèces protégées, à la sécheresse, aux haies, à l’engrillagement, aux énergies renouvelables et à l’amélioration des connaissances sur la biodiversité locale. Cette diversité d’intervenants traduit une évolution du débat : la biodiversité est désormais abordée à la fois comme une question scientifique, écologique, territoriale et démocratique.
Une édition marquée par le besoin de « faire ensemble »
Au fil des retours publiés en ligne, un mot revient régulièrement : coopération. Les Assises ont rassemblé des acteurs qui ne disposent ni des mêmes compétences ni des mêmes leviers d’action. Pourtant, les échanges montrent que la préservation du vivant oblige précisément à travailler entre secteurs : urbanisme et écologie, agriculture et alimentation, santé et environnement, collectivités et associations, entreprises et territoires. La fréquentation annoncée par les organisateurs témoigne en tout cas d’un intérêt important pour ces questions.