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Fédération des Maisons de Loire

Vivre avec les inondations !

Vivre avec les inondations !

Le 1er octobre, l’Auditorium de la Bibliothèque municipale de Tours a accueilli le colloque « Vivre avec les inondations ». Organisée par la Maison de l’Architecture et des Paysages Centre-Val de Loire, cette journée a réuni historiens, chercheurs, élus, architectes, paysagistes et acteurs du territoire autour d’une question devenue incontournable : comment continuer à habiter les territoires exposés au risque d’inondation ?

À Tours, le sujet n’a rien d’abstrait. La Loire et ses affluents ont façonné l’histoire, les paysages et l’urbanisation du territoire. Mais cette relation au fleuve implique aussi de composer avec les crues et leurs conséquences. Le colloque du 1er octobre proposait justement de changer de regard : plutôt que de considérer l’inondation uniquement comme une catastrophe à éviter, il s’agissait de réfléchir aux moyens de vivre avec un risque qui ne peut pas être totalement supprimé.

Comprendre l’histoire pour préparer l’avenir

La journée s’est d’abord intéressée à l’histoire des grandes crues et à la manière dont les sociétés ligériennes ont progressivement appris à composer avec l’eau. Cette dimension historique est essentielle. Elle permet de rappeler que l’inondation n’est pas un phénomène nouveau et que les territoires se sont construits, parfois depuis plusieurs siècles, avec cette contrainte. Mais le changement climatique vient rebattre les cartes. Les participants étaient invités à réfléchir à l’évolution des risques et aux conséquences possibles sur les paysages, les villes et les modes d’habiter. L’objectif n’était donc pas uniquement de revenir sur les crues passées. Il s’agissait aussi de se demander ce que leur histoire peut nous apprendre pour construire les territoires de demain.

Ne plus penser l’inondation uniquement comme une catastrophe

C’est sans doute le changement de perspective le plus important porté par cette rencontre. Le colloque invitait à considérer le risque inondation non plus seulement comme une contrainte, mais comme une donnée avec laquelle l’aménagement doit composer. Cette approche concerne directement l’architecture et l’urbanisme. Comment construire dans un territoire exposé ? Comment aménager les espaces publics ? Comment préserver les activités et les logements tout en limitant leur vulnérabilité ? Ces questions obligent à sortir d’une logique où l’on chercherait simplement à empêcher l’eau d’entrer. Elles conduisent plutôt à imaginer des bâtiments, des quartiers et des espaces publics capables de mieux supporter une crue et de retrouver plus rapidement leur fonctionnement après l’événement.

L’architecture face à un nouveau défi

Le colloque s’inscrivait dans le prolongement de « Vivre avec / Living with », exposition présentée au Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise avant d’être accueillie au FRAC Centre-Val de Loire. À travers une cinquantaine de projets internationaux, cette exposition interroge de nouvelles manières d’habiter face aux crises écologiques, sociales et territoriales. Elle défend une architecture de l’adaptation et de la cohabitation avec les vulnérabilités plutôt qu’une volonté systématique de les effacer. À Tours, cette réflexion prend une résonance particulière. Dans une vallée façonnée par le fleuve, l’architecture doit composer avec un environnement qui évolue et avec des risques qui concernent directement l’organisation du territoire. La question devient alors : peut-on construire autrement dans les zones exposées ?

Des regards croisés sur un risque collectif

L’intérêt de la journée résidait également dans la diversité des participants. Historiens, chercheurs, élus, architectes, paysagistes et acteurs locaux étaient réunis pour confronter leurs approches. Cette pluralité rappelle que la prévention des inondations ne relève pas d’un seul domaine. Elle concerne évidemment les politiques publiques et la gestion du risque. Mais elle touche aussi à l’aménagement, au paysage, à l’architecture, à la culture et à la manière dont les habitants perçoivent leur environnement. Faire face aux inondations suppose ainsi de croiser les connaissances scientifiques avec l’expérience des territoires et les usages quotidiens de leurs habitants.

Le territoire ligérien comme laboratoire

La Loire constitue un terrain particulièrement intéressant pour cette réflexion. Son paysage est indissociable de l’eau, tandis que les villes et villages qui la bordent doivent composer avec des espaces potentiellement exposés aux crues. La question n’est donc pas de choisir entre la ville et le fleuve, mais de réfléchir à une relation plus équilibrée entre les deux. Les partenaires mobilisés autour du colloque illustrent cette volonté de travailler à l’échelle du territoire : Mission Val de Loire, Fédération des Maisons de Loire, Agence d’urbanisme de l’agglomération de Tours, Ville de Saint-Pierre-des-Corps, Centre européen de prévention du risque d’inondation, services de l’État et Région Centre-Val de Loire ont notamment participé à la démarche. Cette dimension collective est fondamentale. Une inondation ne s’arrête pas aux limites administratives d’une commune. Elle touche un bassin versant, des infrastructures, des logements, des activités économiques et des milieux naturels.

Changer les représentations

Au-delà des solutions techniques, « Vivre avec les inondations » pose donc une question culturelle : quelle place voulons-nous accorder au risque dans notre manière d’habiter ? Pendant longtemps, l’aménagement a souvent cherché à éloigner l’eau, à la canaliser ou à se protéger d’elle. La perspective présentée à Tours consiste davantage à reconnaître sa présence et à intégrer cette réalité dès la conception des territoires. Cela peut conduire à repenser les espaces publics, les formes urbaines, les paysages et les bâtiments. Mais cela suppose aussi que les habitants connaissent mieux leur environnement et les risques auxquels ils peuvent être confrontés.

De la prévention à l’adaptation

Cette évolution ne signifie pas que la prévention traditionnelle devient inutile. Les digues, les systèmes de surveillance, les dispositifs d’alerte et les politiques de réduction de la vulnérabilité restent essentiels. Mais ils peuvent être complétés par une autre approche : adapter les territoires à un risque que l’on ne pourra jamais totalement éliminer. C’est précisément cette articulation entre prévention, architecture, paysage et usages que la journée du 1er octobre cherchait à mettre en lumière. À Tours, le message est finalement assez simple : la question n’est plus seulement de savoir comment empêcher l’eau de venir. Il faut aussi apprendre à imaginer des territoires capables de vivre avec elle. Et dans une région où la Loire constitue à la fois un patrimoine, un paysage, un écosystème et un risque, cette réflexion pourrait bien devenir l’un des grands enjeux de l’aménagement des prochaines décennies.